La respiration des 108 postures


22 SEPT 2020


La respiration des 108 postures


J’insiste : la pratique des 108 postures, c’est la respiration. Même s’ils permettent évidemment beaucoup d’autres développements, les 108 offrent les conditions idéales à l’exploration de la respiration. Dans l’École, nulle autre forme n’offre un tel écrin. Les 11 exercices installent les bases nécessaires aux mouvements des 24 postures, qui eux-mêmes, dégrossissent la pratique des 108. Et c’est là, dans la pratique des 108, que réside cette précieuse expérience respiratoire. 
 
Je ne parle pas ici de la ventilation des poumons ni de la Respiration à 3 temps ou de celle qui pompe le Chi dans le Petit circuit, même si ces outils sont essentiels. 
 
Je parle d’atteindre l’expérience où la respiration s’accorde à tous les rythmes du corps. Comme une grande réconciliation et un signe de respect à la vie. Un battement qui n’a plus rien du tic-tac de l’horloge ou du métronome. Une pulsation où vitesse et lenteur se rejoignent. 
 
Il y aura eu, il est vrai, l’expérience de la relaxation qui nous aura ouvert à bien des choses. Dans la simple observation de la respiration par exemple, ou encore, lorsque nous rencontrons les pulsations du cœur. Nous avons appris à les sentir et avons découvert que sous leur apparente régularité règne une autre logique, celle des besoins toujours changeants de la vie. Vlady appelait cela « démécanistifier ». 
 
Je vous souhaite de ne pas vouloir sauter dans la pratique des 127 postures sous prétexte que c’est une forme plus avancée qui vous mènera plus loin que les 108. Les 127 offrent un autre cadre, un écrin idéal… pour d’autres développements. Pratiquer les 127, sans l’expérience que les 108 apportent à la respiration, sera toujours traîner une infirmité, une faiblesse, quasi une malformation irrécupérable à son corps, à son être. 
 
Entendons-nous bien, nous pouvons très bien apprendre les 127 postures bien avant d’avoir expérimenté cette harmonie respiratoire dans les 108. Fort probablement que cela nous aidera même. Mais il faut poursuivre dans les 108. Ce n’est pas une forme inférieure aux 127. Ne vous laissez pas avoir par ces ragots de bas étages.
 
Juste un exemple : c’est en pratiquant les 108 que l’on peut s’ouvrir à la perception de la proximité entre respiration et pensées. Cette pratique est l’occasion de prendre conscience que – sans le vouloir – nous imposons à notre corps le rythme de nos pensées. Avec les 108, nous pouvons faire l’expérience inverse. Une ventilation du corps qui efface le brouillage parasitaire de nos pensées, de nos idées reçues que nous nommons tellement facilement réflexions. Et purifier, l’air, le corps, l’esprit. 


Parfois, un bref instant, l'harmonie se voit : Pierre et l'arbre. Lors d'un tournage vidéo (projet accessible plus tard cet automne) - au moment de préparer Brosser le genou gauche et Coup de poing vers le bas

 

Inspirer — expirer
Monter — descendre
Les hauts et les bas de la vie
S’ouvrir et se fermer
Moi et les autres
Le Yin et le Yang
Le jour et la nuit
Les saisons, les années…

Peut-être, je n’en sais rien. Je m’en fous !

Par contre…
 
L’inspiration
Par contre, ce que je vois trop souvent c’est le stress qui monte avec l’inspiration. Ce que j’entends alors, c’est la locution qui s’accélère, les mots qui s’entrechoquent, le ton qui tend vers l’aigu et parfois la voix qui se coince dans les efforts déployés pour respirer, pour parler. Tout reste dans la gorge. 
 
Le stress respiratoire va toujours dans le même sens, vers le haut. Le haut du corps, le cœur, les épaules, la gorge, la tête, les idées, tout se trouve coincé, comprimé, compressé par ces vagues qui n’en finissent pas de monter à chaque inspiration. Pourtant, ce mouvement ascendant est naturel. Encore faut-il réussir la descente.
 
L’expiration
C’est là que devrait se trouver la nécessaire détente, le relâchement des tensions. C’est le retour vers le bas, vers le sol, vers la Terre. Pour un(e) pratiquant(e) de l’Art du Chi, c’est vers le Tantien, le second souffle. C’est cette expérience que nous fait vivre une relaxation bien menée. C’est aussi l’enseignement de la Respiration complète : inspirer en passant par le ventre bas, les basses côtes, le sternum, sous les clavicules… et se retrouver au sommet de l’inspiration redressé, grandi et gonflé, l’ajustement de la pesanteur corrigé dans tout le corps. Et bien. Merveilleusement bien. C’est alors dans un confort immense que l’expiration va pouvoir se faire.
 
Le Tantien
C’est grâce à lui, toujours. C’est avec le Tantien que la pratique des 108 postures nous permet de retrouver un aspect ignoré de cette fonction vitale qu’est la respiration. À l’inspiration, c’est le Tantien qui nettoie la ventilation et la débarrasse des stress causés par les conventions, la culture, la compréhension… C’est aussi grâce au Tantien qu'à l’expiration on se nettoie de tout ce que nous avons appris depuis notre naissance.
 
Mais ça, on ne le sait pas. C’est en pratiquant qu’on l’apprend. Pas besoin de révoltes, de catharsis, de jugements ou d’analyses. Pratiquer suffit. ( Encore faut-il s’entendre sur ce que cela signifie, pratiquer. Mais ça, c’est une autre histoire. ) 
C’est le Tantien qui transforme la respiration et… la marche.
 
La marche et le Tai Ji Quan des 108 postures
Car oui, nous sommes des marcheurs. Ou plutôt, nous l’avons été. La pratique des 108 avec l’intégration du Tantien permet aux jambes de nous faire retrouver notre position naturelle, celle du marcheur, un quadrupède qui s’est mis debout. ( Je me souviens que Vlady racontait que la marche à quatre pattes était utilisée comme technique pour travailler le Tantien. ) Les jambes retrouvent enfin le juste chemin jusqu’au ventre. Ce qui facilitera tout effort musculaire – puissant ou minuscule – à aller jusqu’au Tantien. Dans l’École, cela fait partie de « l’Effort centré ».
 
Monter — descendre
Hi — ho
La jambe et le souffle pressent le Tantien qui( Qi ) produit du Chi( Qi )

 
Parfois, un bref instant, l'harmonie se voit. Un autre moment de Pierre et l'arbre capté lors d'un tournage vidéo (projet accessible plus tard cet automne) - Au moment de préparer Le poing sous le coude.


Ainsi vont les 108. L’union entre les jambes et la Respiration abdominale, subombilicale, Tantiennienne, comme l’a très précisément nommée Vlady. Ainsi nous montons et descendons tout le temps dans la pratique des 108, ce que nous faisons beaucoup moins, voire pas du tout, dans les 127. Car si tout s’est bien passé dans les 108, autour du Tantien se sera développé un espace nouveau que la Sphère viendra combler.
 
La rencontre de la respiration et des jambes dans le Tantien
( Je ne m’embarrasse pas de circonvolutions langagières, si vous pratiquez, vous comprenez. Si vous ne comprenez pas, votre enseignant de l'Art du Chi ne vous expliquera rien mais vous permetra de sentir les réponses. Perceptions qui ne viendront pas nécessairement tout de suite )
 
Du haut vers le bas : l’air qui se transforme en souffle descend jusqu’au Tantien. Même en faisant la Respiration complète, jamais cet appui sur le Tantien ne se relâche. C’est ce qui permet aux mouvements ascendants de l’inspiration de ne pas entraîner avec eux les toxines des tensions et stress en tout genre.
 
Du bas vers le haut : le travail des jambes aboutit lui aussi au Tantien.
 
Lorsque j’inspire, le Chi descend et lorsque je fais travailler les jambes, le Chi monte. Lorsque j’expire, le Chi descend alors que je fais toujours travailler les jambes pour que le Chi monte. Le Tantien, entre ces deux forces, les reçoit très physiquement, comme un massage des plus agréable. Tant qu’il se fait ainsi triturer, il rayonne la joie du Chi. Chi que nous utilisons consciemment et inconsciemment pour entretenir la circulation dans le Petit circuit ou dans les Diagonales par exemple. Le Chi sait ce qu’il doit faire et le fait. Et si tout se passe bien, si la pratique est là, si, si et si… Alors l’unité dont je parlais en introduction se réalise.
 
Progressivement et de partout, tout touche le Tantien ( ce n’est plus limité au travail musculaire, comme dans l’Effort centré ). Pratiquer les 108 postures c’est être touché. Par les mouvements du corps et de l’esprit, par le vent, les oiseaux, les arbres. Par le Chi. 
 
Le Chi doit descendre à l’inspir comme à l’expir et les jambes ne doivent jamais s’arrêter. Les Diagonales Yin et Yang témoignent de cette architecture prodigieuse mise au point par la nature durant des millions d’années. C’est ce qui rend notre Tai Ji Quan tellement hors de l’ordinaire. C’est ce qui rend efficaces la Petite circulation ou les Diagonales. Ces techniques permettent au Chi de trouver la juste consistance, le bon équilibre, la bonne dose pour chaque partie du corps. 
 
Le Tantien devient alors ce qu’il a toujours été et il injecte la vie dans la matière. Oui, il s’agit bien de transsubstantiation. Oui, comme le disait Vlady, c’est le combat tranquille contre la mort. Oui, c’est « le langage du corps qui contient le code génétique de la connaissance » ( V. Stévanovitch, La Voie du Tai Ji Quan ). Oui, « Le Tai Ji Quan est l’art du mouvement transcendant » ( même livre )
 
« Tout ce qu’on peut en dire n’est que du bla bla bla » ( même livre ).



Ce texte vous donne un avant-goût du programme de mes cours cet automne. Une série de 8 cours Zoom (les vendredis, du 2 octobre jusqu’au 4 décembre) et, pour ceux et celles qui n’habitent pas trop loin, 4 weekends de 3 jours (ça commence le 3 octobre) à mon Centre d’Ulverton (attention, places très limitées pour cause de pandémie).

Info/inscription pour la série Zoom

Info/inscription pour les stages de weekends 






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L’Art du Chi est un art millénaire. Il est diffusé dans plus de 15 pays par les enseignants de l’École de la Voie intérieure, fondée en 1988 par Vlady Stévanovitch, reconnu l’un des maîtres les plus subtils de l’époque moderne en Occident.

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