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QUOI ?
(Le bruit)
28 JAN 2026
Le bruit
Pas seulement une question d’ouïe
Devant le verre à moitié rempli ou à moitié vide, nous pouvons faire un choix et décider comment nous interprétons ce qui nous entoure. Devant l’état du monde aujourd’hui, la situation n’est pas du tout la même, nous ne pouvons plus choisir. De plus en plus tôt chaque année, les scientifiques nous disent que nous avons dépassé la moitié des ressources renouvelables et que nous sommes même tout près du fond. Que depuis longtemps nous utilisons plus que ce que la Terre produit. Que cela la rend malade, malade de nous, qui devenons malades d’elle. Que nos vies déclinent, qu’elles sont abîmées. Que nous détruisons et que nous nous détruisons.
Nos façons de vivre ne sont pas en accord avec notre nature. Nos maisons, nos emplois, nos actions, nos pensées, tout s’aligne sur la perspective de nos sociétés ou est récupéré par elles. En faisant du recyclage, en n’ayant pas de voiture, en mangeant bio, en faisant notre part comme on dit, en étant contre ou pour, nous ne faisons que camoufler le problème. Que nous soyons altruistes et pleins d’empathie, croyants ou agnostiques, d’accord ou pas, nous sommes liés aux sociétés et à leur orientation.
Le Tai-Chi Chuan pour la santé et la beauté, c’est le titre d’un livre de maître Yang Ming-Shi. Tout est bien là, disait Vlady Stévanovitch, notre manière de vivre devrait en découler. Encore faut-il s’entendre sur les mots santé et beauté qui n’ont rien à voir avec les pilules et les studios de beauté. Pour paraphraser les médecines, qu’on a un temps appelées douces, nos actions devraient concerner la cause de nos maladies et non rester obnubilées par les symptômes. Ainsi, éliminer notre stress, prendre du repos et faire de l’exercice, nous remettent un peu sur pieds, mais ne changent rien à l’orientation de la société. Souvent, cela nous permet même de mieux la retrouver avec les plis qu’elle a placés profondément en nous.
La société, on en a besoin, nous sommes des êtres fondamentalement sociaux. Ce n’est pas la société qu’il faut changer, c’est son orientation, nous répétait Vlady. Il nous faut troquer la croissance létale des économistes pour celle, vitale, de la vie. Ce devrait être la seule perspective, le seul bon sens à acquérir. Nous pourrions ainsi rejoindre la perspective du vivant. Une société du vivant, ce serait une première dans toute l’histoire de l’humanité. Ce serait peut-être un signe de l’évolution à l’œuvre ?
Encore faut-il l’entendre !
Notre environnement comme nous-mêmes, tout est bruit, dedans et dehors. Et presque tout nous vient de la société : nos pensées, nos espoirs, nos illusions, nos croyances, nos certitudes, nos convictions, notre bon sens, nos actions dans le monde, nos métiers, l’éducation, la bouffe… nos maladies, le stress, les virus, les cancers, le réchauffement, la pollution…
Comment atténuer tout ce bruit ? Mais d’abord, comment le reconnaître, puisqu’il se cache sous l’évidence de la normalité ? Nous manquons de références.
Il n’y aurait pas une seconde à perdre, nous disent les scientifiques. Ce serait la première fois qu’une société n’est plus seulement placée devant sa propre mort, mais devant la mort de la vie. N’en déplaise à ceux qui pensent que la vie est plus forte que l’homme, qui pensent trouver de la vie sur Mars ou qui se disent qu’une planète, même habitée, est bien peu de chose dans l’infini de l’univers !
Et alors, QUOI ? *
Comme pour l’éducation de nos enfants, ce n’est pas la compréhension ou le bon sens qui entraînent le changement, c’est l’exemple. Chacun de nous avons besoin d’exemples vécus. Ce sont les seules références valables.
Je n’ai qu’une toute petite expérience de l’Art du Chi : 45 ans. Cela peut sembler beaucoup dans un monde où tout doit « gagner » du temps, alors qu’en fait c’est tellement peu. C’est malgré tout bien suffisant pour pouvoir jouer avec la nature de mes perceptions. En effet, avec l’Art du Chi, Vlady nous a donné des outils qui sont destinés à travailler notre relation à la vie. Tous les arts peuvent y arriver, me direz-vous, nos passions, nos métiers et même la science ! Mais le travail sur le Chi est spécifiquement conçu pour cette relation à la vie, même si l’on peut, là aussi, se perdre lorsque le bruit en dehors et en dedans est trop tentant ou que le guide n’en est pas un.
Un peu de silence !
On n'entend plus, soi et les autres. On ne s’entend plus.
Baisser le son, faire taire le bruit, même un peu, pour enfin écouter.
D’abord utiliser nos sens dans l’autre sens, vers l’intérieur. Ils ne sont pas faits pour ça, mais avec les bonnes techniques et un bon guide, on peut y arriver. Nos sens ne sont pas faits seulement pour nous confronter à ce qui nous entoure. Ils sont faits pour reconnaître la vie, pour nous situer dans un milieu de vie. Qu’écoutons-nous, que sentons-nous de la vie ?
La beauté
À l’instar de Francis Hallé qui a intitulé son dernier livre La beauté du vivant, ils sont nombreux en fin de vie à être bouleversés par la beauté de la vie. Écoutez, disait Vlady, écoutez avec les mains, avec tout votre corps. Cela n’a rien à voir avec les émotions, mais avec l’attention, la conscience.
C’est alors seulement que nous ferons l’expérience de l’abandon des sens. Ça se fera tout seul, tout en douceur, dans le silence. On aura appris à écouter et à véritablement agir, car la plupart du temps, nous n’agissons pas, nous ne faisons que réagir au bruit.
Tout commence avec le Tantien, évidemment, et je suppose que tout finit là aussi. Il est bien plus que notre centre de gravité. C’est le début de notre vie, c’est la base de tout notre édifice, c’est là où tout se joue, moi et le monde, la vie et la mort, l’énergie et la matière… C’est là où se réunit tout ce que nous avons appris à distinguer. C’est là que l’évolution est à l’œuvre et que se trouve la société du vivant.
* C’est le titre que j’ai donné à la série actuelle de cours Zoom des Vendredis de Pierre.
