L'attention - 5e partie


(Cinquième partie : Le sens de la Vie)

22 AVR 2018


L'attention - 5e partie

Les capteurs
Voilà, nous y sommes presque. Nous nous sommes habitués aux convergences superficielles vers le repère avant (voir L’attention – 3e partie : l’équilibre en mouvement) et nous avons reproduit ces subtiles interventions musculaires dans d’autres zones du corps, comme vers le repère arrière, vers les repères latéraux et même dans le plancher pelvien, vers le repère du Tong. Ces mêmes convergences, nous les avons aussi pratiquées selon un axe perpendiculaire au premier. Nous nous sommes entraînés aussi à les alterner, dans chaque repère d’abord puis, dans tous les repères en même temps. Cela peut sembler terriblement difficile pourtant, en nous amusant et en recommençant un peu chaque jour, nous y sommes arrivés. Ce n’est pas parfait, on peut toujours faire mieux, mais cela fonctionne. Si bien que nous réussissons maintenant à utiliser avec suffisamment de précision des muscles superficiels qui, par ce travail, se sont renforcés sans pour autant perdre de leur précision. C’est-à-dire que les convergences glissent toujours juste sous la peau et ce n’est que lorsqu’elles se rencontrent, qu’elles glissent un petit peu plus profondément vers l’intérieur du corps. En fait, nous avons construit un réseau musculaire capable de déplacer un travail léger, mais bien musculaire, un peu comme une petite crampe, mais non douloureuse, vers le centre de chaque repère.
 
Si je pose mon attention dans un des repères, et que je bouge soit le bassin soit le tronc selon le repère que j’ai choisi, les convergences se déclenchent instantanément vers ce repère. Mais je peux aussi faire l’inverse : je pose mon attention dans tel repère, les convergences se déclenchent et ce sont elles qui entraînent un mouvement du bassin ou du tronc. Il s’agit d’un réseau musculaire qui réagit donc aux mouvements du corps tout autant qu’à mon intention-attention.
 
Même si « l’essentiel » (voir L’attention – 4e partie) n’a pas attendu cet instant pour participer pleinement, je fais consciemment appel à lui maintenant afin de tracer des chemins intérieurs. Je commence donc par placer mon attention dans le repère arrière, ce qui déclenche les convergences qui glissent superficiellement le long de deux axes et s’enfoncent légèrement en se rejoignant au centre du repère. Je vais alors guider ce petit tonus par l’intérieur, jusqu’au repère avant. J’imagine un fil bien tendu reliant les deux repères et j’y déplace « l’essentiel » : mon attention-intention. C’est toujours surprenant de sentir à quel point beaucoup de nos apprentissages découlent d’idées reçues et non de l’expérience ! Ainsi notre concentration mentale n’est pas cette abstraction qu’on oppose généralement à la réalité tangible du monde ! Elle est bien physique et agit concrètement tout le long du fil imaginaire. Elle se déplace dans mon ventre et y fait sa marque. Mon attention est de plus en plus physique et le fil, de moins en moins imaginaire.
 
J’ai ainsi l’impression de faire glisser une grosse perle sur le fil d’un collier. Mon attention-perle fait des vas et viens en ligne droite entre les deux repères. En coordonnant ma respiration, cette action devient même plus évidente. J’expire et déclenche les convergences en surface vers un des deux repères. Lorsqu’elles se rejoignent et commencent à s’approfondir, en déplaçant mon attention, je fais glisser ce petit tonus musculaire-perle jusqu’au repère d’en face. Là, j’inspire et en expirant, tout recommence dans l’autre sens.
 
Le même entrainement se fait entre les repères latéraux, puis à partir du repère du Tong. Là, le fil sera vertical et devra passer par le croisement des deux premiers fils et même se poursuivre pour aboutir au sommet du crâne. Fil bien tendu, comme les précédents, mais celui-ci sera comme un fil à plomb. Il deviendra vite une première référence pour mon axe vertical autour duquel je pourrai commencer à ajuster ma posture.
 
Enfin, au croisement des trois fils tendus, j’imagine la boule du Tantien, pas plus grosse qu’une balle de golf. Par glissements, poussées, intentions et expirations, tous les mouvements de convergences y arriveront. Concentration mentale et concentration  physique vont se rejoindre. L’une me renseignant sur l’autre et inversement.
 
Comme un réseau
Les cinq repères vont guider, de mieux en mieux et de plus en plus facilement, les petits évènements musculaires qui vont s’accumuler d’abord dans chaque repère puis poursuivre jusqu’à la boule du Tantien. Les repères ne sont pas passifs, ce ne sont pas des entonnoirs par exemple. Ils sont actifs, ils agissent avec leurs convergences comme le feraient des mains, des doigts. Des mains qui recueillent, ramassent, rassemblent et dirigent, poussent même ces évènements vers le Tantien.
 
Sensible à tout ce qui vit
Progressivement, toute activité musculaire du corps sera ainsi captée et guidée vers le Tantien. Nous donnant parfois l’impression que tous nos gestes, peu importe leurs buts, sont en réalité fait pour le Tantien. Les mouvements de Tai Ji Quan bien sûr, mais aussi le clignement d’une paupière, le mouvement ou l’orientation d’une main, d’un doigt, d’un pied, d’une vertèbre… La respiration, les battements du cœur, une vibration… Le Tantien deviendra progressivement un véritable aimant. Un super-aimant, car il attirera de plus en plus de choses : les sons, les odeurs, les paroles, l’articulation des pensées... Il percevra et sentira tout. Mon corps, celui des autres, les animaux, les arbres, tout ce qui vit. Tout ira là, au Tantien. Il deviendra un aimant aimant tout.
 
Retrouver notre condition première
L’évolution depuis le ventre de notre mère a été celle de la distinction. Je me suis séparé du monde. Je me suis détaché de ma mère, des autres, des animaux, des végétaux, de la matière. Mon propre corps, mes pensées, moi, découpé en petits morceaux, distincts, classés, hiérarchisés. C’est le chemin qu’emprunte la science, le chemin que suit notre logique. La sacrosainte loi de la causalité en est un bel exemple : elle donne l’illusion de relier les choses alors qu’elle les sépare (ceci produisant cela).
 
L’Art du Chi va dans le sens contraire sans pour autant revenir en arrière. Il s’agit d’avoir enfin les pieds sur Terre en retrouvant les vrais liens grâce au Tantien, l’aimant aimant. C’est énorme ! Tellement que cela nous paraitra souvent absurde. Quoi, revenir à l’unité, mais c’est disparaître çà ! Jamais de la vie !
 
Difficile, l’indifférenciation.
 
 
 
 
 
Addenda
C’est par cette technique traditionnelle chinoise de la prise du Tantien, épurée par Vlady Stévanovitch que j’achève cette série de textes qui commentent, bien partiellement, ce que nous avons fait dans les premiers jours du stage Immersion 1 de février 2017.
 
Ne croyez pas que je complique inutilement des choses simples. Ne vous dites pas « Moi, tous tes trucs, je n’en ai pas besoin ! » ou encore « À quoi bon ! ».
 
C’est une question d’attitude. Exécuter une technique pour arriver quelque part, c’est perdu d’avance. Par contre s’il n’y a pas de but, je prends plaisir à vivre et tout est prétexte à jouer, à découvrir. Si je ne pense qu’au but, qu’en est-il du voyage ? Qu’ai-je vu du paysage ? De la réalité traversée les yeux fixés sur le but ? Je suis ce que je traverse. Le but, la Vie, c’est ici, pas là-bas.




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L’Art du Chi est un art millénaire. Il est diffusé dans plus de 15 pays par les enseignants de l’École de la Voie intérieure, fondée en 1988 par Vlady Stévanovitch, reconnu l’un des maîtres les plus subtils de l’époque moderne en Occident.

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