La pratique de Pierre


(La pandémie, Zoom et l’Art du Chi)

24 JAN 2021


La pratique de Pierre


« L’homme de notre époque est un étranger dans son propre corps. Toute notre éducation est faite pour que l’individu s’intègre dans le monde civilisé, pour que, dans ce monde-là, il ne soit pas un étranger. Et ce monde-là est un monde artificiel, entièrement fabriqué par l’homme. Il faut des dizaines d’années de préparation pour pouvoir y vivre. Aujourd’hui, la majorité des hommes ne voit, n’utilise et ne connaît que des choses fabriquées ou modifiées par l’homme. On a besoin d’un mode d’emploi pour le moindre geste de la vie civilisée, cette vie qui se passe dehors, dans le monde des objets où le corps de l’individu, lui non plus, n’est pas autre chose qu’un objet.
C’est pour ça que l’étude du Chi présente tant de difficultés pour un débutant dans notre monde. Car, s’il faut un certain état d’esprit pour aborder l’étude du Chi, cela ne suffit pas. Il faut encore et surtout un « état de corps ». Les deux sont diamétralement opposés à l’état civilisé. »   
La Voie de l’énergie, Vlady Stévanovitch.
 
 
 
C’est trop drôle !
 
Qui aurait cru que l’association de nos écrans et d’une pandémie pouvait être l’occasion d’un approfondissement de notre recherche dans l’Art du Chi ? Grâce à cette situation, nos perceptions de l’énergie vitale peuvent évoluer et pourquoi pas, provoquer une prise de conscience de la pratique, de l’enseignement, voire même de la transmission par le Xy ! Rien que ça !

 
Dans l’École, les pratiques de Tai Ji Quan en groupe sont importantes, même essentielles. C’est un moyen pour mémoriser les formes et surtout, c’est un réel plaisir de sentir « la vague » de Chi qui nous fait bouger tous ensemble. C’est à la fois intrigant et stimulant de sentir ce quelque chose qui nous pousse et nous invite à faire tel ou tel mouvement !
 
Plusieurs éléments contribuent à former ces vagues. Grâce au groupe, le Chi est un peu plus dense et ses mouvements sont plus facilement perceptibles. De plus, ces vagues « extérieures » sont amplifiées par des vagues « intérieures » produites par les participants qui connaissent la forme. Ayant habitué leurs corps à l’enchaînement des postures et aux déplacements du Chi que cela entraîne, la mémoire de leur corps les invite à la posture suivante. 
 
Si participer aux pratiques est une expérience très agréable et enrichissante à bien d’égards, nous devrions aussi être attentifs à certains aspects de cet apprentissage. Lors d’une pratique, tant de choses sollicitent notre attention, voire nos rêveries. Si le groupe nous renforce, il nous distrait aussi ! 
 
Par exemple, regarder les personnes autour de soi ne revient-il pas à se dissocier d’elles ? Bien sûr, l’intention est de mieux s’intégrer au groupe, surtout lorsqu’on tourne le dos à la personne qui guide. Mais n’est-ce pas là, créer un petit groupe dans le grand ? Suivre le rythme d’ensemble risque aussi de très vite faire tomber le Tai Ji Quan – et le groupe – dans un train-train d’automate. Même écouter le Chi n’est pas si simple, car le Chi du groupe augmentant le mien, je peux facilement imaginer être dans le bain fusionnel du groupe alors que je reste dans le mien ! J’ai vu tant de gens sortir d’une pratique de groupe en s’émerveillant de la cohésion extraordinaire qu’ils avaient ressenti… alors que manifestement, ils avaient fait une pratique en solitaire ! 
 
Rassurons-nous, tous ces obstacles au groupe ont aussi de belles répercussions positives sur le développement de chacun. Mais il ne faudrait pas se cacher que la plupart du temps, nous sommes loin des mouvements d’ensemble tout à fait extraordinaires des étourneaux en plein vol ! (voir mon article : Les poissons, les oiseaux, la nature, nous… dans le Tantien Mag de mai 2011.
 
 
Lorsque nous suivons un cours, nous sommes attentifs. Nous écoutons, nous regardons, nous « collons » au professeur. Nous avons besoin de comprendre ses paroles et de suivre ses mouvements pour apprendre et nous sentir « avancer ». Mais tous ces mots, tous ces mouvements, nous détournent aussi de l’enseignement. Car le véritable contenu de l’Art du Chi n’est pas ce que nous montrons ou disons. C’est ce à quoi on accède grâce à ce qu’on montre et à ce qu’on dit.



Vlady ne cessait de nous le rappeler « Je vous donne le comment faire ». Il a sélectionné des outils – le Tai Ji Quan et des techniques de « manipulation » du Chi – pour que nous puissions atteindre par nous-mêmes le lieu où tout commence. 
 
Dans un cours, il y a tellement de choses qui se complètent, se croisant et se superposant à l’infini. Il faut dire les mots justes, montrer les bons mouvements, reconnaître l’importance des techniques et ne pas se perdre dans des effets secondaires. Sentir le groupe tout en percevant chaque individu. Tout cela est incontournable et pourtant… tout ça n’est pas l’essentiel.
 
L’essentiel ? Oui, être capable d’accéder à ce qui est caché par tout ce qu’il a fallu apprendre. Caché ? Mais non voyons, le sens c’est le Chi, bien sûr, et il n’est pas caché ! Il fait partie de nous depuis le début de notre vie. Le Chi est là tout le temps, quoiqu’on fasse, qu’on apprenne des techniques ou qu’on ne fasse rien… Le Tao, nous sommes dedans !
 
 
Il y a des rapprochements que l’on peut faire entre la pratique du Tai Ji Quan et celle de la relaxation. Par exemple : ralentir. Ralentir pour mieux distinguer, pour moins confondre.
 
La majorité des postures de Tai Ji Quan sont des mouvements de combat. Ils provoquent donc un engagement parmi les plus profonds qu’une personne puisse vivre. En les exécutant très lentement, nous effaçons le combat tout en gardant l’engagement, ce qui rend les mouvements du Chi plus perceptibles. De même en relaxation, en effaçant les tensions musculaires nous mettons en évidence la présence et les comportements du Chi.
 
Effacer. Gommer l’entraînement de notre corps au monde extérieur. Ce monde qui prend trop de place, qui occupe tout notre temps. Apparaît alors le monde intérieur, celui de la vie. Or, c’est lui qui nous permet de construire un monde extérieur. Le Tai Ji Quan, la relaxation, ces techniques de Chi sont d’excellents outils tant pour nous en rendre compte que pour effacer cette construction. 
 
Et se retrouver alors dans l’inconnu. L’inconnu de la vie profonde. Cette vie qui est la cause de tout. De l’intérieur comme de l’extérieur. Si bien qu’il n’y a plus deux vies, il n’y en a qu’une. Mais ça, il nous faut beaucoup d’expériences et de passages de l’une à l’autre pour nous en apercevoir. Pour retrouver la simplicité de l’union première. Une pratique de Tai Ji Quan en groupe ou une pratique solitaire dans un milieu naturel sont de belles occasions pour nous en rapprocher.
 
 
Devant l’écran, que reste-t-il d’une pratique de Tai Ji Quan ? Lorsqu’on enlève le corps de l’enseignant, quand sa voix et sa respiration ne nous guident plus. Lorsqu’on ne nous dit plus quoi faire, quoi sentir, et ceci, et cela… Nous sommes loin des : « Moi, je suis tout à l’écoute, dis-moi ce que je dois faire » !
 
Je connais ou non les mouvements et je me retrouve seul. Voilà. Sentir la présence, s’il y en a, si je suis capable de la sentir aussi. Cette présence est le sens. Le sens perçu dans mon propre corps. Il devient le sens de ma vie s’il est le sens de la vie.
 


Devant l’écran, on essaie de sentir Pierre bouger. On ne fait pas son Tai Ji, on fait celui de Pierre. On s’efface.
 
À le suivre ainsi, face à l’écran, même lorsqu’il se retourne et change de direction, on perd ses repères habituels dans cet espace commun. On se retrouve dans le même espace, la même bulle de Chi. Nos corps se confondent… Imparfaitement ! C’est justement ça qui est chouette et qui nous aide à nous maintenir dans une écoute particulièrement intense. Comme dans le danger, mais sans la peur. Le Chi de Pierre bouge dans mon corps et se heurte parfois au mien. Du coup, on distingue mieux nos habitudes, nos conventions, notre routine, nos différences. 
 
Dans quelle mesure les mouvements du Chi de Pierre, associé au nôtre, sont-ils suffisamment forts pour faire bouger « notre » corps ? 
 
Dans quelle mesure ces mouvements peuvent-ils « nettoyer » nos tensions, nos barrières, nos obstacles habituels ?
 
Dans quelle mesure Pierre est-il responsable d’installer de nouveaux courants de Chi dans nos corps ?
 
Devant les écrans de nos mondes virtuels, devant ces écrans qui nous bouffent le corps, le temps, et tout le reste… Alors, sans sons, sans commentaires et en ne faisant pas les mouvements habituels, nous rencontrons une occasion exceptionnelle de toucher (oui, toucher) le sens de l’enseignement. Sens dépouillé des règles et des formes apprises, pourtant incontournables. Quelle ironie, quel retournement de situation !
 
Supprimer tout ce que ces médias transmettent pour mieux se concentrer sur le Chi et le miracle de la vie. Quelle belle occasion d’apprendre à suivre vraiment un cours ou une pratique de Tai Ji Quan ! 
 
Un média et une pandémie qui s’unissent et nous éloignent les uns des autres... mais voilà que cela devient une occasion de plonger dans notre corps et d'y sentir bien concrètement la vie bouger…
 
 
« Mes Maîtres ne m’ont pas seulement enseigné des techniques. Ils m’ont aidé à comprendre ce qui se trouve au-delà et des techniques et de l’art. Peu importe la terminologie. Peu importe le nom qu’on donnera à ce qui englobe et comprend tout.
Un jour, je vous le souhaite, vous aurez l’évidence que même au-delà du nom qu’on lui donne, il y a la vie. C’est la vérité ultime. La vie. La vie contient toute la sagesse. La vie répond à toutes les interrogations. Tout est dans la vie, dans une conscience vivante. Y compris la mort. Y compris la foi dans la vie éternelle, après la mort. »
La Voie de l’énergie, Vlady Stévanovitch
 

La pratique de Pierre : séances Zoom, chaque 1er et 3e dimanche du mois, de 9h à 10h (heure de Montréal) - C’est gratuit, il suffit de s’inscrire.

Détente et relaxation : séances Zoom, les vendredis, de 9h à 10h15 (heure de Montréal) Jusqu’au 12 février 2021 - Info et inscription







 



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L’Art du Chi est un art millénaire. Il est diffusé dans plus de 15 pays par les enseignants de l’École de la Voie intérieure, fondée en 1988 par Vlady Stévanovitch, reconnu l’un des maîtres les plus subtils de l’époque moderne en Occident.

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